Nicolas Friedli

consultant web indépendant

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« La mécanique du texte » de Thierry Crouzet

jeudi 2 février 2017, par Nicolas Friedli

J’aime beaucoup quand un auteur me pousse à voir les choses différemment, m’oblige à me remettre en question — comme Tristan Nitot quand il parle de la surveillance — ou met des mots sur ce qui me paraît clair mais que je suis incapable de formuler. C’est ce dernier cas qui se présente dans La mécanique du texte de Thierry Crouzet.

Je ne vais pas m’aventurer dans un résumé de cet essai, mais en tirer 3 thèses fortes.

  • un même auteur écrit différemment selon les outils qu’il utilise ;
  • les différentes manières de publier du texte sont des métaphores de types de publications plus anciens ;
  • il vaut encore la peine de bloguer.

L’influence des outils

Depuis 20 ans, je suis sensible à la séparation entre la forme et le fond, la mise en page et le contenu, le texte et le graphisme. Historiquement, c’est un apprentissage qui a été « simple » pour moi. J’ai rédigé tous mes travaux universitaires dans LaTeX et j’utilise des CSS depuis... des années.

Dès lors que l’on travaille ainsi, il est impossible d’être efficace si, en permanence, on se soucie de mise en page. Mon cerveau ne me permet pas de penser à chaque instant aux deux choses. Il n’est pas capable non plus de passer de l’un à l’autre à tout moment.

Je constate par exemple que j’écris mieux — ou qu’il m’est plus facile de rédiger — en utilisant le langage de balisage léger de SPIP que l’éditeur de WordPress. Je constate aussi que je préfère rédiger un texte au kilomètre dans un simple éditeur, puis le mettre en page dans un traitement de texte.

Les métaphores

Les métaphores que je donne en exemple ici ne sont pas celles du livre dont il est question, mais des images qui me viennent à l’esprit.

Un wiki, c’est un ensemble de fiches reliées entre elles par des liens hypertextes. J’utilise volontiers DokuWiki ou Tiddlywiki pour créer des documentations. Un peu comme des petits bouts de papier que l’on relierait pas des fils pour former une grande toile.

Un blog, c’est un journal, un machin (anté)chronologique. On se fiche pas mal de la structure, puisque les billets se classent automatiquement par la force de la date. Un peu comme une pile de textes sur laquelle on ajouterait toujours le dernier rédigé.

Un site « classique », c’est un ensemble très structuré de documents. La bonne chose au bon endroit. C’est un schéma de site classique, avec son joli menu, disponible dans presque tous les CMS. Un peu comme une bibliothèque, divisée en salles, divisées en rayonnages, divisés en bouquins avec leur cote.

En rencontrant un client, j’essaie toujours de savoir s’il préfère l’ordre ou le foisonnement, la chronologie ou la structure, le contrôle ou la dynamique, etc.

Le blog n’est pas mort

Le passage sur le blog et la pertinence du RSS — « presque trop génial » — m’a évidemment beaucoup plu. Utiliser des outils simples, pérennes et indépendants reste une marque d’attachement à ce que devrait être Internet. Il faut parfois lutter et se battre pour se convaincre que cela vaut encore la peine de promouvoir le RSS et de ne pas tout balancer simplement sur Facebook.

En quelque jours, j’ai lu les bouquins de Nitot et de Crouzet. Ces 2 auteurs m’ont rappelé un peu rudement qu’il valait encore et toujours la peine de résister.

En guise de conclusion de tout cela, je reprends les dernières lignes de La mécanique du texte :

Le lecteur, finalement, choisira comment lire, où lire, dans quelles conditions. Il sera le dernier juge.

C’est la plus sage des stratégies !